L’année 2025 s’est finie sur une nouvelle qui a ému le monde au sens propre, c’est-à-dire la planète entière : la disparition de Brigitte Bardot, « légende du siècle », pour reprendre l’hommage présidentiel, « icône absolue » pour reprendre celui de nombreux médias, femme libre et authentique dans ses convictions, traduisant enfin la vox populi pour ce qu’elle aura été dans tous ses rôles, au cinéma ou pour les combats de sa vie. Davantage que deux initiales devenues quasi-universelles, B.B était le symbole d’une France éternelle et conquérante qui aura duré moins qu’elle, et pour lequel elle était apparue dans Culture Cuisine.
Cette apparition s’est produite le 28 septembre 2021, à la faveur d’une illustration de l’interview (à retrouver ici) que nous avait donnée Marc Edel, dirigeant du groupement de cuisinistes Agensia Demeter. Sous la photo ci-contre, on pouvait ainsi lire :
« En 1948, les Trente Glorieuses commençaient à peine en France. Brigitte Bardot apparait, huit ans avant de devenir l’un de nos emblèmes nationaux et de la libération de la femme, par la grâce de la caméra de Roger Vadim, et non de l’électroménager qui s‘en vantera, six ans plus tard encore, avec le slogan de Moulinex, autre emblème d’une industrie tricolore alors conquérante. »
Doit-on y voir une coïncidence ou une synchronicité telle que développée par Carl Gustav Young ? La mort de Brigitte Bardot, à l’âge de 91 ans, est survenue quelques jours après l’annonce de la fin de Brandt à l’âge de 100 ans et de ses marques De Dietrich, Sauter et Vedette, elles aussi iconiques d’une France alors triomphante, décomplexée et fière d’elle-même, mais qui en réalité n’étaient plus françaises capitalistiquement ni leader sur leur marché domestique (cf. notre article ici).
Elle était B.B pour le monde entier et pour les innombrables anonymes qui adoptaient ses modes vestimentaires (faisant d’elle la plus grande influenceuse), et qui rêvaient d’être ses intimes, en raison de sa beauté d’abord, de sa légende et de son authenticité ensuite. Brigitte Bardot se sera laissée vieillir sans fard, ni filtre, ni tromperie, voulant rester elle-même et qu’on la vît telle qu’elle était vraiment. Comprenant avec une maturité confondante l’adage de Madame de Staël, « La gloire est le deuil éclatant du bonheur », la femme que Dieu avait créée a volontairement quitté la sienne d’actrice et un monde qu’elle jugeait factice, préférant consacrer sa vie à faire belle œuvre conforme à son tempérament et ses ambitions. En refusant de tromper le temps, gageure vaniteuse et vaine face au plus grand des illusionnistes, elle aura forgé sa légende immarcescible sur Terre et gagné l’éternité au Ciel. Reste la nostalgie ravivée par la perte du symbole peut-être le plus touchant, parce que le plus français dans sa liberté, son audace voire son insolence toujours sensuelle mais jamais vulgaire, d’une époque révolue…
Jérôme Alberola
Partager cet article