L’humanoménager va-t-il remplacer l’électroménager ?

Actualités - 20 janv. 2026

Ou va-t-il remplacer l’être humain, avec pour pionner de cette révolution le nouveau robot domestique conçu par LG Electronics pour réaliser et coordonner des tâches ménagères, en lien avec des appareils connectés ? À défaut, libérera-t-il la femme, comme Moulinex l’avait annoncé dans les années 1960. Dopées à l'anthropomorphisme et aux algorithmes, d'autres questions se poseront aux cinéphiles amateurs de S.F : obéira-t-il aux trois lois d’Asimov et Sarah Connor lui dira-t-elle merci ? Bienvenue dans la « vallée de l'étrange ».

Autre question encore, cette fois de nature sociétale et ancrée dans la vie réelle et quotidienne : le nouveau robot domestique de LG Electronics règlera-t-il la question post-moderne et épineuse du partage des tâches ménagères en en exemptant la femme et l’homme ? Quelle que soit la réponse, on ne pourra qu’être impressionné par la révolution technologique opérée par le fabricant sud-coréen, sans pouvoir évincer une certaine appréhension quant aux vertigineuses et parfois angoissantes perspectives qu’elle ouvre et dont les diverses possibilités ont été abordées par la science-fiction.

La lecture des romans et nouvelles rédigés par les maîtres du genre (et plus modestement par l’auteur de ces lignes dans le recueil Une année fantastique paru en 2025), comme le visionnage de films, pour certains devenus cultes, auraient pourtant dû nous préparer à ce que les avancées récentes de la technologie annoncent comme imminent dans notre quotidien. Nous avions de quoi nous réjouir avec le robot serviable Robby dans Planète interdite (1956), le droïde de protocole C3-SPO de la saga Star Wars (à partir de 1977), les gentils androïdes David et Gigolo Joe d’A.I.Intelligence artificielle (2001), ou encore le cubique et sympathique Wall-E  dans le long métrage d’animation du même nom (2008) ; nous avions aussi des motifs d’inquiétude avec le cow-boy-robot de Mondwest (1973), les réplicants de Blade runner (1982), les assassins cybernétiques de la saga Terminator ou la belle Ava anthropomorphique d’Ex Machina (2014). Entre-temps, le film I Robot (2004), inspiré de Isaac Asimov, le fameux écrivain auteur des trois lois de la robotique, et ses robots domestiques anticipant celui de LG Electronics, nous laissaient être à la fois rassurés et perplexes.

C’est que, à mesure que s’affirme leur aspect anthropomorphique et plus encore leur comportement et leurs mouvements d’apparence humaine, nous entrons plus loin dans ce que les spécialistes appellent la « vallée de l’étrange. » Théorisée par le roboticien japonais Masahiro Mori, celle-ci stipule que plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses. De fait, beaucoup d'observateurs seront plus à l’aise en face d’un robot clairement artificiel que devant un robot visant à le faire passer pour humain (doté d’une peau, de vêtements, d’un visage, etc.). Cela explique que nous sommes simplement étonnés en voyant un robot ayant une forme vaguement humaine, mais que nous avons des sentiments ambigus (étranges, donc) en voyant un chien robot de forme approximativement canine et que nous ressentons une gêne indéfinissable, voire un véritable malaise et une défiance devant un androïde dont le visage et les expressions ressemblent à s’y méprendre (l’italique est volontaire) à ceux d’une jeune femme asiatique comme en montrent régulièrement les laboratoires de robotique japonais, coréen ou chinois (le mot « gynoïde » a été créé pour les désigner).  

Une nouvelle généalogie ?

Ces dernières années sont apparus des robots de services, opérant dans des restaurants pour préparer les commandes de repas ou les servir à table, mais aussi dans des maisons de retraite et dans des foyers domestiques comme aides à la personne. Afin d’éviter que leurs utilisateurs n’arpentent la « vallée de l’étrange » aux effets négatifs, les concepteurs ont donné à ces robots une apparence sympathique mais évitant toute confusion avec un être humain. On peut penser que les responsables de LG Electronics ont été animés de la même prudente intention en concevant LG CLOiD, son nouveau robot domestique, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus à droite. Cette solution s’inscrit dans la continuité des développements de LG en matière de robotique domestique basée sur l’IA et de plateformes intelligentes, en s’appuyant notamment sur le hub autonome LG Q9 et l’écosystème ThinQ. LG CLOiD™ a été présenté en situation dans différents contextes domestiques au CES 2026 de Las Vegas qui s’est tenu du 6 au 9 janvier LG.

De fait, ces capacités laissent songeur : par exemple, le robot peut récupérer une bouteille de lait dans le réfrigérateur, placer un croissant au four pour préparer un petit-déjeuner, lancer des cycles de lessive puis plier et empiler les vêtements après séchage. Ces démonstrations illustrent la capacité du système à comprendre des habitudes de vie et à interagir avec les équipements du foyer.

Chaque bras de LG CLOiD dispose de sept degrés de liberté, avec des mouvements comparables à ceux d’un bras humain. Les mains intègrent cinq doigts motorisés individuellement pour permettre une manipulation précise d’objets variés, dans des environnements comme la cuisine, la buanderie ou les pièces de vie.

LG prévoit de poursuivre le développement de robots domestiques conçus pour assister les utilisateurs dans leurs tâches ménagères. En parallèle, l’entreprise sud-coréenne étendra ses technologies robotiques à ses appareils électroménagers, avec des catégories telles que les « robots électroménagers » et les « appareils électroménagers robotisés ». L’objectif est de contribuer à la création d’une « maison IA » où certaines tâches pourront être confiées à des équipements autonomes. « Le robot domestique LG CLOiD est conçu pour interagir avec les utilisateurs et s’adapter à leurs besoins afin de leur apporter une aide domestique pertinente », déclare Steve Baek, Président de LG Home Appliance Solution Company. « Nous poursuivrons nos efforts pour concrétiser notre vision “Zero Labor Home” et permettre aux utilisateurs de consacrer davantage de temps à leurs activités personnelles. »

Avec le recul, on ne sait pas si l’annonce de Moulinex dans les années 1960 de « libérer la femme » tenait du seul slogan ou a eu des effets concrets. On ignore tout autant ce que feront de leur temps libéré les utilisateurs du robot LG CLOiD, peut-être patriarche d’une espèce d’humanoménagers et de ses descendants (terme ici étrange, comme le sera celui de famille de robots ménagers, comme on parle aujourd’hui de famille d’appareils ménagers…). Assistons-nous à une nouvelle généalogie, voire une genèse 2.0 pour les idolâtres de la tech ?  

Jérôme Alberola

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