Ou, plus exactement, quels sont les prix, pièces et main d‘œuvre, soit meubles, électroménager et pose inclus, dans différentes enseignes du marché français ? C’est à ces questions que le site travaux.com apporte des réponses dans un guide voué à apporter de la clarté dans un univers complexe, opaque voire trouble. Si l’on salue le mérite de l’initiative, on peut toutefois regretter un choix d’enseignes de référence générant une vision parcellaire du marché français. Reste aussi à définir la notion de prix - réel, correct, cohérent, juste voire moral – d’une cuisine équipée.
La question du prix réel d’une cuisine – c’est-à-dire du montant à investir dans un achat essentiel pour son confort domestique quotidien pendant plusieurs années – a toujours été sujet à discussion, voie à caution. Il faudrait d’abord définir la notion même de prix : s’agit-il du prix réel, tenant compte de celui du coût des matières utilisées, du procédé de fabrication (machines et main-d’œuvre), du transport et de la pose du modèle acheté (autant de notions variables et complexes auxquelles les consommateurs n’ont pas accès) ? S’agit-il du prix cohérent par rapport à la hauteur de gamme du modèle, à sa taille, à son nombre d’équipements (électroménager, plans de travail, éviers), au positionnement de la marque ou de l’enseigne, au contexte concurrentiel du marché, à la tension offre / demande (les prix baissent lorsque la demande est faible), voire par rapport à la situation socioéconomique du moment (autant de critères certes quantifiables, mais complexes à synthétiser) ? S’agit-il enfin du prix correct, c’est-à-dire juste, permettant à chaque partie de la filière – équipementier, fabricant, distributeur et consommateur - d’y trouver son compte commercial et financier, comme le promeuvent d’autres filières de commerce équitable ou éthique, dans le secteur alimentaire notamment (cette approche induit alors une notion morale qui, comme on sait, est soumise à de variables interprétations empêchant tout consensus) ?
La question du prix réel d’une cuisine reste donc pendante (et ce n’est pas l’I.A qui la résoudra), d’autant plus que la cuisine équipée est un produit non fini et que la diversification de la distribution et de l’offre qu’elle génère accentue ces approximations. On prendra donc le guide des prix du site travaux.com comme un panorama du marché français qui, malgré toute sa subjectivité, permet aux consommateurs auxquels il s’adresse d’avoir des points de repère et des échelles de valeurs, signalés dans les « informations clés » suivantes :
- « Le prix moyen d’une cuisine équipée est de 9 400 €, avec une fourchette entre 2 500 € et 25 500 € pose incluse. » Il est précisé plus loin que « ce montant comprend les meubles de cuisine, le plan de travail, et l'électroménager de base tel que la plaque de cuisson, le four et la hotte. »
- Coût par gamme : de 2500 à 4500 € (entrée de gamme), de 4500 à 12 000 € (milieu de gamme), de 12 500, à 25 000 € (haut de gamme), jusqu’à 48 000 € pour le luxe. » Un tableau récapitulatif précise que ces montant concerne « une surface de 12 m2 », mais apporte une confusion en comprenant une ligne indiquant que les prix varient « de 7000 à 29 000 € pour une cuisine équipée sur mesure. » Que concerneraient alors les autres montants mentionnés ?
- La pose seule coûte entre 500 et 4000 €, selon la complexité et la taille du projet.
- Prix par marque (pose incluse) : de 1500 à 8500 € chez Leroy Merlin, de 2000 à 9500 € chez Ikea, de 2000 à 10 000 € chez Cuisinella, et de 5 500 à 20 000 € chez Schmidt.
- Pour une petite cuisine : prévoir de 3500 à 8000 € pour 6 m², de 4500 à 10 000 € pour 9 m² et jusqu’à 12 000 € pour 10 m². »

Il est signalé que ces prix sont ceux de 2024 en légende du tableau ci-dessus où sont aussi donnés ceux de But, Castorama et Brico Dépôt, sans qu’il soit précisé s’ils émanent de la direction des enseignes citées, ou d’une enquête menée par les rédacteurs de l’enquête. De même, ne sont pas spécifiées les raisons du choix de ces distributeurs, qu’ils soient spécialistes en cuisine, en électroménager, généralistes de l’ameublement ou grandes surfaces de bricolage. Pourquoi par exemple avoir retenu deux enseignes du groupe Schmidt et aucune du groupe Fournier (pour parler des fabricants français), ou aucune du groupe FBD détenu par Nobilia, qu’il s’agisse d’Ixina ou de Cuisine Plus pourtant très présentes sur le territoire ?
Le site travaux.com ne donne pas la réponse mais fournit des conseils à découvrir ici.
Enfin, ces données sont à comparer avec celles établies avec d’autres critères et que nous avions reprises en juin 2020 dans notre article « Quel est le prix d’une cuisine en 2020 ? » à consulter ici
Jérôme Alberola
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