« Ma conviction des vertus de l’union s’est renforcée depuis 20 ans »

Actualités - 27 oct. 2026

Culture Cuisine fête ses vingt ans en 2026. Deux décennies qui ont vu notre magazine passer du format imprimé au site internet, se modernisant par changements légers ou une refonte globale technologique et esthétique en 2020, devenant avec plus de 1800 articles consultables la principale source d’archives en Europe. Cette immense mémoire est aussi celle de nos milliers de lecteurs, fabricants, équipementiers et cuisinistes. C’est pourquoi nous avons demandé à une sélection d’acteurs remarquables du marché français qui ont accompagné le développement de Culture Cuisine de se souvenir des deux décennies écoulées. Cette semaine, la libre parole est donnée à Michel Fanna, directeur général du groupement de cuisiniste MHK France.  

Culture Cuisine : Que faisiez-vous il y a vingt ans, en 2006 ?

Michel Fanna : « Quasiment cette année-là, je faisais mes débuts dans le monde de la cuisine. Je travaillais alors pour le Groupe Alno. C’était une période où le métier évoluait rapidement et où nous nous rendions déjà compte de l’importance de faire partie d’un groupement d’achats. Se forgeait alors la conviction qu’un cuisiniste indépendant avait tout intérêt à se regrouper pour être plus fort, tout en conservant son indépendance. J’ai pu en vérifier la validité après avec la faillite du groupe Alno, lorsque ce sont les adhérents du groupe MHK qui s’en sont le mieux sortis. Près de vingt ans après, cette conviction reste plus que jamais d’actualité.

Culture Cuisine : Qu’avez-vous fait au cours des deux décennies écoulées ? 

Michel Fanna : Ces quinze dernières années ont surtout été consacrées au développement des cuisinistes dans les groupements d’achats. D’abord en Belgique et au Luxembourg, ensuite en Suisse Romande et en France. Chez MHK, nous avons cherché à construire un groupement capable d’apporter de véritables solutions aux cuisinistes indépendants : des propres marques de distributions, des conditions commerciales plus que compétitives, des concepts, des exclusivités, du marketing et surtout une capacité à anticiper les évolutions du marché. Mais ce qui a le plus compté, c’est la relation avec les adhérents et l’écoute de leurs besoins sur le terrain.

Culture Cuisine : Qu’est devenue votre entreprise MHK depuis 2006 ?

Michel Fanna : Quand on regarde l’évolution de MHK Group au cours des vingt dernières années, je pense qu’il faut avant tout comprendre que la finance a toujours été un moteur important de son développement.

MHK ne s’est pas contenté de négocier de meilleures conditions d’achat pour ses adhérents. Très tôt, le groupe a compris que la solidité financière des cuisinistes indépendants était essentielle à leur développement. La création de CRONBANK en 1997 en est une parfaite illustration.

 Au fil des années, cette logique s’est considérablement élargie. La finance est devenue un véritable outil au service du commerçant : financement, centralisation des règlements, ducroire, assurance, gestion et accompagnement de l’entreprise.

À partir de cette base financière solide, MHK a progressivement construit un écosystème beaucoup plus large tout en gardant son ADN : développer ses propres marques de distributions, concepts, communication, outils digitaux, logiciels de conception, formation, conseil et désormais de nouveaux outils liés à l’intelligence artificielle.

 C’est finalement ce qui caractérise le mieux l’évolution de MHK : nous sommes passés d’une logique de groupement d’achat à une logique de plateforme de services. La finance reste un moteur, mais elle permet aujourd’hui d’accompagner beaucoup plus largement le développement du cuisiniste indépendant.

Et je pense que c’est cette capacité à investir, à prendre des risques et à créer des outils que les indépendants ne pourraient pas forcément développer seuls, qui explique en grande partie l’évolution du groupe au cours de ces vingt dernières années

Culture Cuisine : Quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur de la cuisine en France au cours des vingt dernières années ?

Michel Fanna :  Le métier de cuisiniste a profondément changé. Le client est beaucoup mieux informé, il compare davantage, il arrive en magasin avec des idées très précises et les outils numériques ont complètement transformé son parcours d’achat.

Mais, paradoxalement, je pense que la relation humaine est devenue encore plus importante.

Internet, les logiciels de conception, l’intelligence artificielle et tous les nouveaux outils peuvent faciliter le travail du cuisiniste, mais ils ne remplacent pas son expertise, son écoute et sa capacité à comprendre réellement le projet de son client. Aujourd’hui, le cuisiniste ne vend plus seulement de la cuisine, il devient un agenceur d’intérieur et propose des solutions plus complètes telles que le dressing, la salle de bains, les panneaux décoratifs, la salle à manger et même l’art de la table.

Le véritable enjeu pour les prochaines années sera donc de savoir utiliser les nouvelles technologies sans perdre ce qui fait la valeur du métier : le conseil et la relation humaine.

Culture Cuisine : Que vous aura apporté la lecture des articles et analyses de Culture Cuisine ?

Michel Fanna : Culture Cuisine permet de prendre du recul sur notre métier. Dans un secteur qui évolue aussi rapidement, il est important de ne pas rester uniquement concentré sur son entreprise et son quotidien, mais de regarder ce qui se passe autour de nous : les évolutions du marché, les nouveaux comportements des consommateurs, les stratégies des fabricants et les transformations du commerce.

C’est aussi intéressant parce que cela permet de confronter ses propres réflexions à celles des autres acteurs du secteur. Pour moi, une bonne information doit permettre de se poser les bonnes questions et surtout de préparer l’avenir. »

Propos recueillis par Jérôme Alberola  

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