Publié aux Éditions Eyrolles, le livre Comment nos maisons nous construisent de Maïlys Dorn est destiné aux professionnels de l'architecture et de la décoration, ainsi qu’aux personnes qui s’interrogent sur la qualité de leur espace de vie, son rôle, et l’opportunité de le faire évoluer. Cette architecte d'intérieur y pose des questions inédites et propose des études de cas démonstratives illustrées de plans d’aménagement, de cuisine notamment. Voici les bonnes feuilles.
Maïlys Dorn est architecte d'intérieur, fondatrice de l'agence (et de la chaîne YouTube) Optimise Mon Espace, de l'École H.O.M.E. et du Réseau HOMER®. Elle accompagne des habitants à repenser leur espace pour transformer leur vie, et son école a formé plus de 2 500 adultes à une architecture d'intérieur au service de l'humain.
Entre réflexion incarnée – profession de foi d’une entrepreneuse engagée –, et études de cas suggestives, son livre est destiné aux professionnels – en activité ou en reconversion – de l'architecture et de la décoration, ainsi qu’aux personnes qui s’interrogent sur la qualité de leur espace de vie, son rôle, et l’opportunité de le faire évoluer.
Pour l’auteure, notre habitat n’est pas un décor, pas plus que l’architecture d’intérieur, l’agencement de l’espace ne se réduisent à une affaire de style. Ils fabriquent nos habitudes, distribuent les rôles au sein du foyer, conditionnent notre santé – physique, mentale et sociale –, notre humeur, impactent nos relations, notre manière de vivre ensemble, notre rapport au monde, influençant nos choix et modes de vie bien plus que nous ne le pensons. Nous ne les choisissons pas innocemment, par hasard, et ils ne nous laissent pas inchangés.
À la fois récit intime et enquête, Comment nos maisons nous construisent mêle histoires personnelles et études de cas démonstratives illustrées de plans d’aménagement avant/après.
Revenant sur les moments de son existence qui ont contribué à forger sa vision de l’habitat et du métier d’architecte d’intérieur, Maïlys Dorn y pose des questions inédites : comment fabrique-t-on la paix dans un foyer ? Comment favoriser l’équilibre du couple et l’éducation des enfants ? Et si notre habitat pouvait, enfin, profiter à notre santé ?
Voici quelques extraits :
Le cheminement
« J’ai huit ans. Assise sur le banc de la cuisine, ma pièce préférée de la maison, sans doute parce que c’est la seule où toute la chaleur et la simplicité sont contenues : les petits déjeuners, les repas sans chichi, les confitures, les conserves de légumes pour l’hiver, les cliquetis des bracelets de ma mère contre les biberons de ma petite sœur qu’elle remue énergiquement, la grande et large table où tout se passe, tout se prépare, la vieille chaise paillée où elle donne des câlins, parfois, quand elle s’assoit enfin (rarement). C’est là que j’aime être pour faire mes devoirs. Depuis le banc, j’ai une visibilité par faite sur le cœur de la maison. »
Aménager sa maison pour les enfants et les parents, pièce par pièce :
Dans la cuisine
- « Tant qu’on a des enfants de moins de dix ans, et qu’on veut les faire participer aux tâches ménagères – a minima débarrasser leur assiette –, on évitera l’idée séduisante d’un lave-vaisselle surélevé à la hauteur du plan de travail, souvent présentée comme une solution géniale pour ne pas “se casser le dos”… En réalité, lorsqu’on vide le lave-vaisselle, les tiroirs hauts pour les verres et les couverts sont déjà à hauteur de taille, et le tiroir bas nécessite à peine de se pencher, puisqu’il est coulissant. Et dans tous les cas à l’usage, la majorité de nos rangements sont sous le plan de travail… donc on n’évitera jamais de se pencher.
- Pour qu’ils puissent le vider aussi, on pensera à organiser toute la vaisselle du quotidien (assiettes, verres, bols…) dans des meubles bas coulissants, facilement accessibles. Les meubles hauts, si on en a, seront utilisés pour les réserves de nourriture, et les éléments de vaisselle dont on se sert moins souvent.
- Pour les meubles bas, toujours privilégier des tiroirs et coulissants, plutôt que des placards avec des étagères qui nécessiteront de se pencher ou s’accroupir. Ce sera plus ergonomique pour les adultes comme pour les enfants.
- Quand c’est possible, éviter les meubles hauts ou les remplacer par de simples étagères suspendues, de plus faible profondeur : ça allège esthétiquement parlant, c’est plus pratique à utiliser et ça permet d’éviter de se cogner dans les portes de placard ouvertes. On y mettra par exemple toutes les réserves d’ingrédients secs dans de jolis bocaux en verre (non accessibles aux enfants en bas âge). »
(…)
« Quant à la cuisine, décider qu’elle soit ouverte ou fermée, pour éviter l’isolement et le développement de l’idée que « les repas se préparent tous seuls », la règle est assez simple : si la pièce est suffisamment grande pour accueillir un espace repas, on peut la laisser fermée, en favorisant un accès direct au salon. Dans un petit appartement, cela crée une pièce en plus, qui peut être appréciée dans une configuration, par exemple, où Madame prend le thé avec une amie dans la cuisine, pendant que son conjoint ou ses enfants font autre chose dans le salon.
Si la cuisine ne peut pas accueillir un espace repas ou n’a pas de fenêtre ou de lumière naturelle suffisante, on l’ouvrira sur le séjour (ou on la laissera semi-ouverte).
La cuisine est le cœur de la maison. Si on veut donner à sa fonction la visibilité qu’elle mérite, on évitera simplement de considérer qu’elle puisse être utilisée en solitaire lorsqu’il y a tout un foyer à nourrir. »
Déménager la cuisine dans le salon pour récupérer une pièce
« Quand on manque d’une chambre, mais qu’on a une cuisine indé pendante, la tentation est grande de déménager la cuisine dans le séjour pour pouvoir transformer cette pièce en chambre supplémentaire. Si les réseaux de plomberie le permettent, cela peut être une solution d’optimisation d’espace, à condition de veiller à la superficie du séjour (qui va être réduit par l’arrivée de la cuisine) et de la nouvelle chambre (créée dans la cuisine, pièce générale ment plus petite qu’une chambre).
C’était le cas dans ce projet, étudié dans l’Atelier H.O.M.E., pour permettre à deux frères, Lucas et Oscar, d’avoir chacun leur chambre. À l’origine (plan ci-après), l’appartement a deux chambres, une cuisine indépendante, un salon et un balcon. Après accord de la copropriété, les maîtres d’ouvrage ont choisi de transformer ce balcon en véranda et agrandir le salon, pour y intégrer la cuisine et ainsi récupérer une pièce. Problème : la cuisine est bien plus petite que les deux autres chambres. Comment faire pour maximiser la sensation d’espace et de volume dans chacune des chambres ?
Après avoir récupéré la superficie du balcon-véranda pour l’intégrer à la surface habitable du logement, il était assez simple de déménager la cuisine de l’autre côté de la cloison. »
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