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Une nouvelle polémique pour l'électroménager ?

Après celle concernant l’obsolescence programmée, voici que l’Autorité de la concurrence s’interroge sur une mystérieuse entente entre certaines marques leaders visant à contrôler les prix. Extrait des rapports de l’enquête menée par Marc Leplongeon et parue dans Le Point le 12 avril dernier.   

 

« Le contrat de confiance ». Ce 17 octobre 2013, le célèbre slogan de Darty accueille les enquêteurs venus visiter le siège du groupe d'électroménager, situé à Bondy (Seine-Saint-Denis). Les agents de l'Autorité de la concurrence (ADLC) ont pris le soin de ne pas s'annoncer. L'ambiance est extrêmement tendue. Au même moment, les filiales françaises des entreprises Samsung, Brandt, Miele, Smeg, Arthur Martin Electrolux ou encore LG, des marques de matériel électroménager, toutes soupçonnées d'avoir participé à une entente pour contrôler les prix, sont perquisitionnées dans le plus grand secret. Les employés reçoivent l'interdiction d'utiliser leurs téléphones et de communiquer avec l'extérieur, le temps que leurs bureaux soient placés sous scellés. Les enquêteurs repartent avec des milliers et des milliers de documents comptables, de mails et de notes diverses que, quatre ans plus tard, ils n'ont toujours pas fini d'exploiter…

 

Les enjeux sont considérables. Selon une source proche du dossier, si les faits étaient avérés, les entreprises concernées par cette enquête pourraient se voir infliger une amende allant jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial des groupes auxquels elles appartiennent. Pour sa part, l'ADLC fait savoir que le dossier est encore en cours d'instruction et qu'elle ne souhaite pas commenter. Selon nos informations, c'est cependant une véritable entente qui aurait été mise au jour, entre fournisseurs d'abord, puis entre fournisseurs et acteurs de la grande distribution. Aspirateurs, frigos, lave-linge, lave-vaisselle, télés… Plusieurs pratiques anticoncurrentielles ont été identifiées. Depuis des années, les fabricants d'électroménager et de produits dits « bruns » (télés, radios, etc.) auraient cherché à ménager les grosses enseignes.

 

Comment ? En imposant les prix pratiqués par Darty ou Boulanger – deux acteurs incontournables sur le marché – à leurs autres distributeurs ou en interdisant aux sites de commerce en ligne de vendre certains produits sur Internet. La concurrence se retrouve limitée – pour ne pas dire tuée – et les prix, maintenus à un niveau élevé. Entendu, le gérant de WebAchatFrance, un site d'e-commerce qui a fait faillite en 2011, a ainsi assuré – mails à l'appui – avoir été victime de telles pratiques. « Les distributeurs récalcitrants auraient été victimes de blocages de leurs comptes, de refus ou d'arrêt de livraisons et les grossistes auraient été sollicités pour faire respecter la police des prix des fabricants », peut-on lire dans un rapport d'enquête de l'Autorité de la concurrence. (…)

 

À cette entente verticale entre fournisseurs et distributeurs s'ajouterait également une entente horizontale entre fabricants d'électroménager. Dans le bureau du directeur général adjoint de Brandt, les enquêteurs ont mis la main sur un petit cahier mentionnant un mystérieux « accord Gifam » (Groupement interprofessionnel des fabricants d'appareils d'équipement ménager). On peut notamment y lire, au sujet d'une réunion qui se serait tenue en 2009 : « Pas de 9 kg [des machines à laver, NDLR] au-dessous de 600 ; pas de condenseur au-dessous de 400. » Des inscriptions qui s'apparentent fortement, d'après le juge des libertés et de la détention qui a autorisé les opérations de visite et de saisie, à un « échange d'informations sensibles sur l'évolution des ventes d'appareils d'électroménager de concurrents ». En clair : plusieurs fournisseurs d'électroménager se seraient mis d'accord sur les prix à pratiquer.

 

Mais les indices les plus compromettants semblent avoir été trouvés chez Whirlpool et Candy Hoover. Les deux entreprises, qui n'avaient pas été visées en 2013, se sont préparées dès que le bruit d'une enquête en cours leur est parvenu, se doutant que leur tour viendrait bientôt. À raison : l'Autorité de la concurrence les a perquisitionnées en mai 2014 et a mis la main sur de nombreux documents, comme ce rapport commandité en interne pour évaluer les dégâts. (...)

 

Interrogées par Le Point, les entreprises concernées n'ont pas souhaité faire de commentaire à ce stade et nous affirment qu'aucun grief ne leur a encore été formulé. Leurs juristes sont en réalité déjà passés à l'offensive. Ces dernières semaines, Samsung et Darty ont ainsi obtenu, à la suite d'un vice de procédure, l'annulation des perquisitions menées à leur siège en 2013. Motif ? Leurs avocats n'étaient pas présents au moment du placement sous scellés et n'ont pu être appelés qu'au moment où les enquêteurs commençaient l'extraction des données. Un revers important pour l'Autorité de la concurrence, qui n'a cependant pas dit son dernier mot. Une source bien informée nous assure détenir de nombreux autres documents compromettants. »

 

L’affaire reste donc à suivre sur le plan judiciaire. Coté médias, en raison de sa teneur polémique, l’article a été repris par divers organes de presse, économiques notamment, avec un effet de rebond sur Internet. C’est le cas de Capital, comme on peut le voir en cliquant ici. Plus largement, en faisant suite avec les controverses consuméristes de l’obsolescence programmée, et de celles soulevées pendant la dernière campagne présidentielle par la fermeture annoncée de l’usine Whirlpool à Amiens (liens vers nos articles en cliquant ici), puis par la proposition fin mars d’offrir un sèche-linge en guise d’augmentation aux salariés du même site (article consultable ici). cette nouvelle affaire ne devrait pas, pour reprendre l’ironique formule rhétorique de Georges Courteline, améliorer de manière exceptionnelle l’image du secteur de l’électroménager, réduisant ainsi le bon effet généré par ses efforts réels - y compris par les marques incriminées - en faveur de l’innovation. Enfin, ces interrogations sur une entente des prix, si elles se révélaient fondées, pourraient nourrir le sentiment de méfiance, voire de défiance de certains cuisinistes vis-à-vis de marques « ayant une conduite impérialiste, parce que s’estimant incontournables sur le marché de la cuisine », comme nous l’avions signalé dans notre enquête publiée en mars 2015 et consultable dans nos archives sur le lien suivant  Que veulent vraiment les cuisinistes ?

 

Jacques Baron

 



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