Culture Cuisine
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On connaissait le syndrome chinois, titre d’un film américain de 1979 relatant l’hypothèse de la conséquence la plus grave d'une fusion d'un réacteur nucléaire et appelée ainsi, parce qu’elle suppose que le matériel en fusion d'une centrale située en Amérique du Nord pourrait traverser la croûte terrestre, s'enfoncer et progresser jusqu'en Chine. Une telle catastrophe ne s’est heureusement jamais produite, mais l’expression est restée pour mettre en garde contre des dangers non encore réalisés mais envers lesquels la vigilance demeure de mise.

 

Appliqué à la cuisine équipée, ce syndrome pourrait être le rêve de l’implantation d’une marque française en Chine qui s’est transformé en cauchemar, avec l’annonce de la liquidation de la société Villéger et de sa filiale Comptoir de cuisine, tombée dans l’après-midi de jeudi dernier, 26 septembre. Certes, l’entreprise de Villeneuve-la-Comtesse en Charente Maritime n’est pas la première à avoir cessé ainsi son activité au cours des trois, a fortiori 5 dernières années. On pourrait y ajouter les firmes qui ont été reprises par d’autres fabricants français avant de connaître un destin funeste, Teisseire étant sans doute l’exemple le plus flagrant (quant à l’intégration de Pyram dans le giron de Néoform et celle des Cuisines Jean-Louis Morel de Bretagne dans le groupe Morel de Haute-Savoie, il faudra attendre pour juger de leurs fruits). L’arrêt de cette hémorragie depuis janvier 2013 n’a fait que montrer que cette année n’a pas été (pour l’heure) aussi périlleuse qu’on pouvait le craindre, sans régler pour autant les problèmes davantage structurels que conjoncturels que connaissent des fabricants français dont la pérennité reste sujet à caution, à en croire certaines rumeurs exprimées par le microcosme. De fait, nul ne peut gager que la sinistre liste ne s’allongera pas. 

 

Avouons qu’on aurait pu croire que la mondialisation allait s’exprimer de manière aussi étonnante que bénéfique pour l’industrie française de la cuisine, même si on avait du mal à comprendre les motivations d’un promoteur immobilier chinois à investir dans un petit industriel français sans réseau de distribution important. Pourtant, Xu Guozi, à qui Christian Villéger, avait cédé les rênes de son entreprise en juin 2012, ne déclarait-il pas alors « donner les moyens à l’entreprise de se renforcer sur le territoire national afin d’aborder l’export sur des bases solides », (lire notre article d’octobre 2012 en cliquant ici). De quoi nourrir des rêves de redéploiement en France, voire en Chine où des magasins devaient ouvrir cette année (une première pour une marque française). Las : les déclarations d’intention se sont brisées sur les écueils de la réalité économique du secteur, les 53 salariés du site de Villeneuve-la-Comtesse se retrouvant sans emploi

 

Ce dénouement est d’autant plus pénible qu’un espoir de poursuite d’activité leur a été donné le 13 septembre lorsque l’’administrateur judiciaire bordelais, Vincent Mequinion, a annoncé au palais de justice de Saintes, que Cuisines d’Allemagne, société de 40 salariés basée à Drulingen en Alsace, s’est manifestée pour étudier le dossier(lire en cliquant ici). Un délai de 15 jours était alors donné afin de permettre au repreneur de rendre sa décision qui s’est révélée négative quelques jours plus tard (lire en cliquant ici).

 

Créée et 1947, Villéger représentait un repère industriel pour les habitants des environs comme pour les élus, à commencer par le maire de Villeneuve-la-Comtesse, Alain Rullier, qui a déclaré au journal Sud Ouest : « Villéger est la première entreprise de notre village. Son nom est historiquement lié à Villeneuve-la-Comtesse depuis sa création, il y a 66 ans. C’est terrible pour les salariés et leurs familles ». Un constat amer que nombre d’autres maires et institutionnels ont formulé avant lui dans d’autres départements de l’Hexagone, et qui rappelle que l’industrie française de cuisine fait partie de qu’on désigne aujourd’hui, tel un label, de patrimoine économique français. Reste que l’AOP (appellation d’origine protégée n’est pas vraiment protégée… C’est d’ailleurs ce qu’a déploré Valérie Sauvignon,  représentante du personnel et assistante de direction, en notant que « le soutien de la Région n’a pas suffi », Cuisines d’Allemagne estimant « les charges trop lourdes » pour investir de la reprise de Villéger (lire en cliquant ici). Et de conclure : « Je crois qu’entre la direction sur place et le propriétaire de l’entreprise, en Chine, les échanges avec une traductrice ont été compliqués ». Syndrome chinois ou syndrome français ? Les deux, sans doute…   



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